Le cloud
Introduction
Lorsque votre téléphone synchronise automatiquement une photo, ou qu'un travail scolaire est partagé via un dossier en ligne, on dit volontiers que vos fichiers vivent « dans le cloud » ou « dans le nuage ». La métaphore est poétique mais trompeuse : vos données sont stockées sur des disques durs bien physiques, dans des bâtiments réels, alimentés par de l'électricité réelle. Ce cours vous propose de redescendre du nuage et de mesurer ce qu'il y a derrière.
Le cloud, qu'est-ce que c'est ?
Le cloud (ou informatique en nuage) désigne l'accès à distance, via Internet, à des ressources informatiques — espace de stockage, puissance de calcul, logiciels — hébergées sur des serveurs gérés par un prestataire.
Quelques services que vous connaissez sans doute :
| Service | Usage principal | Prestataire |
|---|---|---|
| iCloud | Sauvegarde téléphone | Apple |
| Google Drive | Stockage de fichiers, documents partagés | |
| OneDrive | Stockage Microsoft | Microsoft |
| Dropbox | Stockage et synchronisation | Dropbox |
| kDrive | Stockage souverain | Infomaniak (Suisse) |
| Nextcloud | Cloud auto-hébergeable | Logiciel libre |
Où vit physiquement le nuage ?
Les services de cloud reposent sur des datacenters (centres de données) : de vastes bâtiments hébergeant des milliers de serveurs alignés en armoires.
Photo type d'un datacenter : longues rangées d'armoires noires de serveurs, LED bleues, sol en faux-plancher, éclairage froid, perspective d'une allée
Caractéristiques typiques d'un grand datacenter :
- Surface : plusieurs milliers, parfois dizaines de milliers de m².
- Consommation électrique : de l'ordre de dizaines de MW pour un grand site (équivalent à la consommation d'une petite ville).
- Refroidissement : indispensable, car les serveurs dégagent énormément de chaleur. C'est souvent le second poste de consommation.
- Redondance : doubles alimentations, batteries de secours, groupes électrogènes, copies des données.
Le coût énergétique : ordres de grandeur
Combien d'énergie consomme tout cela ? Les chiffres bruts ne disent pas grand-chose si on ne les compare pas à quelque chose de connu. Voici les ordres de grandeur (estimations 2024–2025), avec un repère humain à chaque fois.
- Un foyer français consomme en moyenne ≈ 4 700 kWh/an d'électricité.
- 1 GWh = 1 000 000 kWh ≈ la consommation annuelle de environ 200 foyers.
- Un téléphone se recharge avec ≈ 0,01 kWh par charge complète.
Datacenters : la consommation mondiale
Les datacenters de la planète consomment environ 1 à 2 % de l'électricité mondiale.
C'est l'équivalent de la consommation électrique d'un pays comme l'Espagne ou l'Italie — et ce chiffre monte d'année en année avec l'essor du streaming, du cloud et de l'intelligence artificielle.
En France
Les datacenters installés sur le territoire représentent environ 2 % de la consommation électrique nationale.
À l'échelle d'une ville : c'est de l'ordre de toute la consommation domestique d'une grande métropole comme Lyon ou Marseille.
Entraîner un grand modèle d'IA
Entraîner un grand modèle d'IA (type GPT, Gemini, Mistral Large) peut consommer plusieurs GWh — disons 5 GWh en ordre de grandeur, parfois beaucoup plus.
Cela représente :
- la consommation annuelle d'environ 1 000 foyers français,
- ou de quoi recharger 500 millions de téléphones,
- ou encore l'énergie d'un petit village pendant un an.
Et ce, uniquement pour l'entraînement — la phase d'utilisation (répondre aux questions des millions d'utilisateurs) consomme en plus, en permanence.
Une recherche en ligne
Une recherche Google classique = environ 0,3 g de CO₂ équivalent. C'est minuscule à l'unité… mais multiplié par 8 milliards de recherches par jour, cela représente environ 2 400 tonnes de CO₂ par jour — soit l'empreinte de plusieurs vols transatlantiques Paris-New York, chaque jour.
Et une question posée à une IA générative est de l'ordre de 10 fois plus coûteuse qu'une recherche classique.
Synchronisation, partage, paramétrage
Concrètement, à votre échelle, le cloud propose trois fonctionnalités utiles :
Sauvegarde et synchronisation
Un dossier de votre ordinateur est automatiquement copié sur les serveurs du prestataire. Les modifications dans un sens (ordinateur → cloud) ou dans l'autre (cloud → ordinateur) sont propagées en quelques secondes.
À paramétrer attentivement :
- Synchroniser quoi ? Tout le compte ou seulement certains dossiers.
- Sur quels appareils ? Téléphone, ordinateur, tablette.
- Connexion utilisée ? Wi-Fi seulement, ou aussi 4G/5G ? Important pour ne pas consommer son forfait mobile.
Partage
Vous pouvez donner accès à un fichier ou un dossier à d'autres personnes, généralement via un lien. Le partage se règle finement :
| Droit accordé | Qui peut faire quoi |
|---|---|
| Lecture | Voir le fichier, sans modifier. |
| Commentaire | Voir + ajouter des annotations. |
| Modification | Voir + modifier. |
Et avec quelle audience :
- Une personne précise (par e-mail).
- Toute personne disposant du lien.
- Tout le monde (public).
Versionnage
La plupart des clouds conservent l'historique des versions d'un fichier. Si vous écrasez par erreur un devoir, vous pouvez en récupérer une version précédente — souvent jusqu'à 30 jours en arrière dans les offres gratuites.
Une photo synchronisée dans iCloud est-elle hébergée chez vous ?
Avantages, contreparties
| Pour | Contre |
|---|---|
| Accès depuis n'importe quel appareil | Dépendance à une connexion Internet |
| Sauvegarde automatique en cas de perte du téléphone | Dépendance au prestataire (panne, fermeture) |
| Partage facile avec d'autres personnes | Données potentiellement exposées |
| Pas de matériel à gérer soi-même | Coût énergétique élevé à l'échelle mondiale |
| Synchronisation transparente | Risque de fuite ou de piratage du compte |
Parmi les contreparties du cloud, laquelle concerne directement l'environnement ?
Pour aller plus loin
L'informatique en nuage rend invisible une infrastructure colossale. Comprendre où vivent réellement vos données, ce qu'elles coûtent à stocker et qui y a accès, c'est un prérequis pour faire des choix éclairés — choisir un service européen plutôt qu'américain, héberger soi-même une partie de ses données, ou simplement faire le tri dans ses photos pour limiter l'empreinte de sa propre vie numérique.